Territoire des images

Carnet de recherches visuelles, par Raphaële Bertho

Une fiction agissante

Je reproduit ici le texte d’ouverture de l’exposition [confinée] « Autofictions » de Valérie Frossard à la MC93, qui fut la première lauréate du concours Territoire(s) In Seine-Saint-Denis.

Cette série a été réalisée de septembre 2016 à septembre 2018 dans le cadre d’une résidence-mission CLEA en photographie à Pierrefitte-sur-Seine (93) financée par la DRAC Ile-de-France et le Conseil Départemental du 93. La proposition qui y est faite consiste à investir l’autoportrait photographique sous l’angle de l’introspection, sans s’attacher à l’apparence  plastique  d’un visage. Chaque participant s’est attaché à bricoler son portrait, à réfléchir à ce qu’il voulait transmettre de sa propre intériorité, pour inventer, et créer, une manière de se recouvrir le visage. La série est constituée de 16 diptyques. Les participants ont souhaités garder l’anonymat.

Qu’est-ce qu’un territoire ? Un lieu vécu, empli d’expériences singulières et diversifiées. De manières d’être, d’habiter. De mémoires d’ailleurs et d’envies de futurs. Comment faire le portrait de ce mouvement permanent ? Comment faire image de cette multiplicité en devenir ? Valérie Frossard choisit la voie de ce qu’elle nomme l’« autofiction » : une construction patiente de mises en scène à travers lesquelles chacune et chacun se raconte.

En dissimulant leurs visages, les sujets se libèrent des stéréotypes, ils s’émancipent du regard de l’autre pour affirmer leurs envies et leurs rêves. Cette fiction n’est pas une manière de s’éloigner du réel, au contraire. C’est une fiction agissante, qui déploie en collaboration avec Valérie Frossard la capacité à se dire, à s’inventer. Chacune de ces images est le résultat d’une véritable « fabulation », entendu au sens de Gilles Deleuze :

« Ce n’est pas un mythe impersonnel, mais ce n’est pas non plus une fiction personnelle : c’est une parole en acte, un acte de parole par lequel le personnage ne cesse de franchir la frontière qui séparait son affaire privée de la politique, et produit lui-même des énoncés collectifs. » Gilles Deleuze, Cinéma 2. L’Image-temps

L’art de Valérie Frossard est un art politique, un art de la construction en commun d’un territoire des possibles.

Vue de l’exposition « Autofictions » à la MC93 – octobre 2020 @Valérie Frossard

En 2018, la série Autofictions est « sélection du jury » du Prix Virginia, et en 2020 lauréate du Prix Territoire(s) dont le président est Denis Darzacq. Depuis janvier 2021, une des images de la série est affichée sur une façade d’immeuble en très grand format (6m x 4m50) à Montreuil, dans le cadre de l’accrochage « Mur Pigon » du Centre Tigous d’art contemporain.

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Cette entrée a été publiée le 22 mars 2021 par dans En images, Publications, et est taguée , , , , .

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