Territoire des images

Carnet de recherches visuelles, par Raphaële Bertho

« Ceci n’est pas un paysage »

Avec sa série La profondeur des roches, Guillaume Amat joue avec nos évidences, s’amuse des effet de reconnaissance pour instaurer un questionnement fondamental sur notre rapport au monde.

Fidèle à la démarche initiée par sa série Open Fields, le photographe investit littéralement le terrain de la représentation à travers ses installations in situ qui relèvent régulièrement de la performance, allant de la mise en scène à la sculpture. Si le résultat est éminemment photographique, voir pictural, la mise en œuvre de ces réalisations visuelles prennent source dans le Land Art. En effet l’artiste récuse ici toute post-production numérique[1] pour privilégier l’engagement sur le terrain : miroirs, cordes, papiers,hameçon, chevalet, cadre sont apportés sur le site pour les prises de vues à l’occasion de ses différents déplacements[2]. Dans le Parc Naturel des Bardenas Reales (Espagne), il monte un véritable théâtre des illusions dans des compositions poétiques aux accents romantiques, presque dramatiques, et parfois burlesques.

L’auteur joue de notre fascination pour ce territoire désertique et sublime pour mieux nous piéger dans les trappes de la perspective albertienne comme dans l’illusion de la transparence photographique. « Ceci n’est pas un paysage » aurait pu être le titre donné à cet ensemble tant le projet poursuivi par Guillaume Amat présente une filiation certaine avec celui de René Magritte. Quand ce dernier interroge la machine fictionnelle de la représentation picturale, Guillaume Amat entreprend de déchirer, littéralement,le voile de nos croyances. Il se balade et nous promène avec virtuosité, il décline ses propositions en autant d’énigmes visuelles qui nous invitent à prendre conscience de notre responsabilité.

Au-delà de son inscription dans une histoire des représentation, l’artiste nous invite à nous interroger sur l’histoire de notre rapport à la Terre. Le regard que nous portons sur ces portions de territoire n’est jamais chaste, notre présence jamais exempte de conséquences. La silhouette qui déambule çà et là incarne ce genre humain qui déchire, déplace, s’approprie, s’arroge tous les droits et laisse la poussière en héritage. Guillaume Amat travaille ici à l’épuisement de son dispositif pour mieux évoquer l’érosion de ce paysage terminal, celui de l’anthropocène. Le terrain comme le tirage sont à la merci de toutes ses audaces dans une proposition dont les enjeux et la portée traversent les arts comme la société.

Géologue de nos représentations, Guillaume Amat creuse dans la profondeur notre rapport au monde.


[1] Aucun montage numérique n’a été effectué sur les photographies présentées autre qu’un travail sur la colorimétrie.

[2] Le projet a nécessité plusieurs séjours avec l’aide d’un assistant et d’une chef décoratrice: avril 2015 pour les repérages ; janvier, juin et octobre 2016 pour les prises de vues.

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Cette entrée a été publiée le 11 décembre 2018 par dans En images, Non classé.
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