Territoire des images

Carnet de recherches visuelles, par Raphaële Bertho

Geschlossene Gessellschaft: Künstlerische Fotografie in der DDR 1949-1989 (CR)

Krase A., Immischt T. O., Domröse U. et Duda J., Geschlossene Gessellschaft: Künstlerische Fotografie in der DDR 1949-1989, Bielefeld, Kerber, Christof, 2012, 350 p. Compte-rendu à paraître dans le prochain numéro d’Etudes photographiques.

KRASE A., IMMISCHT T. O., DOMRÖSE U. et DUDA J., Geschlossene Gessellschaft: Künstlerische Fotografie in der DDR 1949-1989, Bielefeld, Kerber, Christof, 2012, 350 p.Le catalogue de la grande rétrospective Geschlossene Gessellschaft: Künstlerische Fotografie in der DDR 1949-1989 publié en 2012 marque sans aucun doute un aboutissement du chantier historiographique ouvert il y a vingt ans sur la création photographique est-allemande. Pratiquement invisible après-guerre, elle commence tout juste à avoir droit de cité dans les galeries et expositions au début des années 1980. La reconnaissance reste néanmoins limitée, et lorsque l’actuel curateur de l’exposition Ulrich Domröse entame à l’époque une collecte de ces images longtemps restée dans les tiroirs, il n’existe aucune section photographique dans les musées de la RDA. La démarche est alors tout autant scientifique qu’engagée, afin de conserver ce pan de l’histoire culturelle et artistique allemande.

Un certain nombre de publications portant sur la pratique photographique en RDA  sont centrées  sur les travaux des photographes formés à la Hochschule für Grafik und Buchkunst de Leipzig, où l’on peut suivre un cursus de formation artistique spécialisé en photographie sous le régime socialiste. Il s’agit de faire valoir l’existence d’une école de Leipzig, associant ici la photographie au style pictural développé à la fin des années 1960. L’ambition portée par Ulrich Domröse est ici plus large, puisqu’il s’agit de faire une histoire culturelle de la création photographique est-allemande dans son ensemble, en présentant ses diverses facettes, son caractère fractionné, « versatile »[1] et parfois conflictuel, ainsi que  les conditions de réalisation et de diffusion de ces clichés. L’ouvrage Geschlossene Gessellschaft: Künstlerische Fotografie in der DDR 1949-1989 propose une synthèse des recherches menées dans ce sens.

Bien qu’il s’ouvre sur des photographies de l’immédiate après-guerre de Richard Peter (1946) et Karl Heinz Mai (1948-1949), l’ouvrage se dégage du carcan chronologique pour privilégier une structure thématique. Cette dernière permet en effet de mettre en relief l’extrême hétérogénéité de ces travaux, lesquels ne constituent pas en soi une véritable scène photographique, tout au plus un champ de la création. Les trois parties « Realität, Engagement, Kritik », « Montage, Experiment, Form »  et « Medium, Subjekt, Reflexion »  distinguent ainsi des postures plus que des styles, postures vis-à-vis du médium comme de son rôle dans la société. Elles articulent les travaux de 34 photographes ayant œuvrés durant les cinq décennies du régime soviétique, parmi lesquels on retrouve des figures déjà internationalement connues comme Arno Fischer ou Evelyn Richter.

Si les portfolios constituent le cœur de l’ouvrage, sa richesse est sans aucun doute dans les textes présentant du contexte artistique, culturel, politique et économique dans lequel évoluent ces photographes[2]. Uwe Warnke examine les possibilités de publicisation des clichés à travers les expositions ou les publications[3], Jana Duda interroge  l’accès aux travaux des artistes européens ou américains et leurs influences éventuelles[4], Andreas Krase analyse les relations au système politique soviétique[5], Bernd Lindner expose les conditions de la pratique professionnelle de la photographie de presse[6] quand Daniela Zeilinger commente comme le parcours de ces photographes après la chute du mur[7]. L’ensemble évite ainsi brillement l’écueil d’une histoire de la DDR illustrée pour proposer une réflexion sur l’histoire de la création photographique sous le régime soviétique qui ne dissimule pas les antagonismes et ambiguïtés d’une pratique contrariée et contrastée.

Voir notamment le court métrage de présentation de l’exposition sur le site de la Berlinische Galerie.

[1] Thomas Kölner, « Vorwort », Geschlossene Gessellschaft, op.cit, P. 14.

[2] On peut louer ici la traduction intégrale de l’ouvrage en anglais.

[3] Uwe Warnke, « Viermal um den Block, Alternatives Publiezieren von Fotografie in der späten DDR », Geschlossene Gessellschaft, op.cit, pp. 258-263.

[4] Jana Duda « Von The Family of Man bis Waffenruhe, Internationale Einflüsse auf die Fotografie in der DDR», Geschlossene Gessellschaft, op.cit, pp. 264-269.

[5] Andreas Krase, « Szenarien von Verzögung », Geschlossene Gessellschaft, op.cit, pp. 280-283.

[6] Bernd Lindner, « Widersprüchliche Bildwelten, Journalistische Fotografie in der DDR », Geschlossene Gessellschaft, op.cit, pp. 274-279.

[7] Daniela Zeilinger, « Zäsur oder Neuanfang, Transformationsprozesse an Ausgewählten Beispielen », Geschlossene Gessellschaft, op.cit, pp. 284-287.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 3 novembre 2014 par dans Comptes rendus, et est taguée , .

Sur le fil

Follow Territoire des images on WordPress.com
%d blogueurs aiment cette page :