Territoire des images

Carnet de recherches visuelles, par Raphaële Bertho

Faux frères, le piège des apparences (notes)

A l’issue d’un cycle de rencontres portant sur la représentation contemporaine de l’architecture, qui associaient chercheurs, photographes et architectes [1], une question me taraude. En effet, il semble évident dans le discours de devoir interroger les images numériques dites de synthèse, ou « calculées », à l’aune de la production photographique. Un parti-pris qui conduit à considérer ces images comme l’avatar le plus récent des diverses évolutions techniques qu’a connu la photographie. De même, il n’est pas rare de voir présentées côte-à-côte les deux images, l’une photographique, l’autre de synthèse, soulignant ainsi leur similitudes formelles.

Mais ce faisant, ne tombons-nous pas dans le piège des apparences ? Cette analogie entre les deux ne relève-t-elle pas uniquement de la ressemblance formelle ? Une surface qui viendrait ainsi masquer une dissemblance fondamentale, la photographie et l’image de synthèse appartenant certes à une histoire visuelle commune mais relevant d’une archéologie de l’image fondamentalement divergente?

© Michael Lennie / © Denis Cordier

Pour développer ma pensée, je m’appuierai ici sur l’exemple spécifique de l’usage de ces images lors du développement d’un projet d’architecture. Dans ce cadre l’image intervient finalement à deux moments précis : a priori, afin de convaincre les acteurs potentiels du projet, et a posteriori, afin de valoriser la réalisation architecturale. Les deux relèvent d’une mise en récit du projet, mais selon des modalités somme toute différentes.

Je me tenterai à reprendre ici la distinction proposée par André Gunthert entre fiction est représentation. Ici la fiction est aréférentielle, elle ne renvoie à rien d’extérieur à elle-même, quand la représentation part d’un référent. L’image photographique est donc là bien une représentation, se rapportant d’une certaine manière au référent qu’est la réalisation architecturale, quand l’image de synthèse est une pure fiction. La différence serait alors ontologique entre les deux images, s’ajoutant à un usage différencié dans la temporalité du projet. L’une se substitue au projet avant sa mise en œuvre effective, l’autre propose une interprétation du projet réalisé.

L’analogie formelle entre les deux images tient, me semble-t-il moins à leurs qualités propres, mais à leur usage et aux normes culturelles dans lesquelles elles s’intègrent.

© Lazar Turuianu

Pour en revenir à l’image de synthèse, cette dernière est aujourd’hui principalement utilisée, dans le domaine de l’architecture tout du moins, dans la phase de promotion du projet. S’ajoutant à la présentation technique, l’image jour le rôle de présentation sensible du projet, qui permet de le rendre intelligible pour les non-spécialistes. Dans le cadre des concours, elle a pour rôle non pas d’être conforme aux contraintes de réalisation, mais avant tout de séduire et de convaincre. Elle est une véritable mise en fiction de la « vision » architecturale. Elle doit littéralement nous « faire croire » dans le projet. Partant de cet objectif principal, les logiciels de création d’images de synthèse tendent alors vers le rendu auquel on accordera le plus de crédit, celui qui entrainera l’adhésion du spectateur : le rendu photo-réaliste. Il ne s’agit pas donner à voir une quelconque « réalité » du projet, mais sa « photo-réalité ».

Alfred Stieglitz, Flat Iron - 1903

Un parti-pris qui se fonde finalement sur les normes culturelles acquises depuis plus d’un siècle est demi, instaurant une croyance commune en la « réalité photographiée ». Si cette conception de la valeur de la photographie comme « trace » est aujourd’hui largement remise en cause par les théoriciens, il n’en demeure pas moins qu’elle fonde le rapport commun à l’image photographique. Ainsi, si le rendu est « photo-réaliste », il sera considéré comme « réel », selon une logique entièrement fondée sur notre culture visuelle.

Le développement de l’image de synthèse apparaît alors comme dominé par des normes culturelles héritées de la tutelle iconographique du photographique tout au long du XXe siècle. L’image photographique a elle-même subit un sort analogue, placée en son temps sous l’autorité de la représentation picturale. Il faut attendre une cinquantaine d’année au moins, et le mouvement de l’avant-garde artistique, pour qu’apparaissent les premières propositions de mise en récit photographique de la représentation. Partant de ce constat, on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une simple question de temps avant que cette image s’émancipe pour proposer ses propres normes visuelles.

[1]La synthèse présentée ici est largement nourrie des échanges que nous avons eu, riches en enseignements sur l’images de synthèse notamment, sa conception et ses usages.

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15 commentaires sur “Faux frères, le piège des apparences (notes)

  1. Marie-Madeleine Ozdoba
    27 juin 2012

    Bravo pour cette mise en perspective très convaincante!
    La différence ontologique que tu formules, entre image de synthèse et photo, dont « l’une se substitue au projet avant sa mise en œuvre effective, (et) l’autre propose une interprétation du projet réalisé » me semble très précieuse pour avancer dans nos réflexions.
    J’aimerais toutefois proposer une nuance, lorsque tu qualifies l’image de synthèse, dans le cadre d’un usage architectural, de « pure fiction »: en effet, si elle ne renvoie certes pas au référent du bâtiment réalisé, elle se distingue néanmoins de l’image de synthèse utopique ou proprement fictionnelle (comme dans le cas d’images de science fiction par exemple), par des contraintes de vraisemblance très fortes. Un projet doit « avoir l’air réalisable »…sinon ce n’est plus un projet. Elle serait alors plus proche d’une quasi-fiction, d’une forme intermédiaire, spécifique à l’architecture?

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  2. Raphaele Bertho
    28 juin 2012

    Merci Marie-Madeleine pour ce commentaire et ta suggestion. Effectivement, cette ébauche d’analyse s’intègre dans une réflexion spécifique à l’usage de ces images dans le cadre de projet architecturaux. Le statut de fiction de l’image est déterminé par l’absence de référent réalisé au moment de l’élaboration de l’image. Mon idée étant ici que le fait d’avoir « l’air réalisable » ne change pas leur statut de ce point de vue, mais la manière de les élaborer. La perception d’une représentation implique un accord culturellement construit sur ce qui confère un statut de vraisemblance à une image. Le référent actuel de ces images est le photographique, et non le réel, apparemment. Ne pourrait-on pas imaginer que celui-ci se déplace?

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  3. Marie-Madeleine Ozdoba
    28 juin 2012

    …ou plus simplement, de la fiction réaliste.

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  4. Thierry Dehesdin
    1 juillet 2012

    Je me demande Raphaele s’il n’y a pas également dans le rendu « photo réaliste » choisi actuellement par les créateurs en 3D une explication qui tient à l’histoire de la 3D.
    Au départ la 3D n’était pas réaliste parce que les machines ne le permettaient pas. La 3D, c’était essentiellement un rendu filaire. Les effets de surface, textures et ombres, ce qui permet de simuler un rendu photo réaliste, ne sont apparus que lorsque la puissance de calcul des ordis l’a rendu possible. Aujourd’hui, le rendu photo-réaliste, c’est encore le progrès, la modernité. (En architecture, mais également au cinéma ou dans les jeux vidéos.)
    Mais peut-être aura-t-on bientôt un phénomène comparable à celui de la photo numérique. J’ai le sentiment que la vogue de l’Iphonographie ou de la Lomographie supposait que la photo numérique n’ait plus besoin de justifier de sa qualité vis à vis de l’argentique, pour exister.

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  5. Aurore Fossard
    2 juillet 2012

    Merci Raphaële pour cette analyse qui éclaire une intuition tout-à-fait intéressante! Suite à la lecture de ton texte et des échanges qui ont suivi, je me demande forcément quelles pourraient être, justement, les valeurs propres à l’image de synthèse. Je n’aurais pas la prétention de donner la réponse (je suis tout-à-fait néophyte en la matière), mais quelques pistes/questions me viennent à l’esprit :

    – Il me semble que les débats qui ont eu lieu autour des valeurs de la photographie et de la peinture avaient entre autres, pour toile de fond, le questionnement de la capacité de l’exécutant à négocier subjectivité et réalisme (le dosage du premier ayant en général pour effet d’altérer le second). La réponse de Marie-Madeleine
    propose, il me semble, une piste intéressante dans la mesure où elle souligne un changement de paradigme. Dans le cadre de l’image de synthèse d’architecture, l’image sert un projet, contrainte de laquelle découle une injonction réaliste parce que comme le dit Marie-Madeleine, « un projet doit avoir l’air réalisable ». Comme tu le dis dans ta réponse, « “l’air réalisable” ne change pas le statut de l’image de ce point de vue, mais la manière de l’élaborer ». Mais nous savons comme le dispositif de production influe sur la réception et sur le statut culturel de l’image. Aussi ce glissement de paradigme (réaliste => réalisable) me semble-t-il intéressant, justement, à explorer (mais peut-être l’est-il déjà).

    – S’il est certain que l’image de synthèse d’archéologie se distingue de l’image de synthèse utopique, il me semble tout de même que se loge dans la première, pour les raisons ontologiques que tu as évoquées, quelque chose qui relève de l’idéal. L’exécutant (je ne trouve pas de terme moins neutre) ne se doit-il pas de négocier idéal (à travers lequel s’exprime sa subjectivité) et réalisabilité (et donc une certaine contrainte réaliste)? De la même manière que la photographie d’avant-garde s’est (aussi) développée grâce aux contraintes imposées par la mode ou la publicité (les photographes conciliaient dans leurs images expression artistique personnelle et fin utilitaire, alimentaire), l’image de synthèse trouverait peut-être sa valeur propre dans cette contrainte de réalisabilité.

    – Je pense enfin au vocabulaire utilisé pour traduire la subjectivité (et souvent la qualité, la valeur) de l’image, et qui me semble significatif des qualités mobilisées : en peinture, la « patte » du peintre (l’intervention de la main, donc) traduit le style (et induit la valeur) de l’exécutant ; en photographie c’est « l’oeil » du photographe qui détermine la capacité de l’opérateur à traduire sa subjectivité à travers (ou malgré?) le réel. Qu’en est-il de l’image de synthèse? Ne « synthétise »-t-elle pas la main et l’oeil? Existe-t-il un terme pour qualifier la chose?

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  6. Raphaele Bertho
    2 juillet 2012

    @Marie-Madeleine et Thierry: Il s’agit en effet de fictions au rendu « réaliste ». La question étant, que considère-t-on comme réaliste? Comme le souligne Thierry, cet attachement au rendu « photo-réaliste » tient sans doute à la prouesse technique, à l’affirmation d’une certaine modernité. On peut alors imaginer que le déplacement des référents visuels influera sur la réalisation de ces images, avec l’instauration de nouvelles normes visuelles sur ce qui apparaît comme « réaliste ».

    @Aurore: Merci pour ton commentaire et tes pistes de réflexions, qui élargissent le questionnement. Pour ce qui est des questions de la production, il me semble que ces images de synthèse sont en fait plus proche de la tradition picturale, de la peinture au dessin d’esquisse, que de la question photographique (s’agissant des images fixes). Le fait de questionner ces images à partir de l’histoire de la photographie tiendrait alors plus d’un rapprochement visuel, du fait de leur ressemblance actuelle.
    Il me semble qu’il faut considérer que ce qui semble « réaliste » ou « réalisable » tient en fait à la construction de notre réception sur un paradigme photographique. Si effectivement ces images sont réalisées en tenant compte de certaines contraintes (le projet dans sa définition technique), elle compte une marge d’interprétation dans le choix du rendu. Ce dernier relèverait donc d’un parti-pris culturel, intégrant lui les contraintes reposant sur une anticipation de la réception (la publicité que tu évoques ).
    Néanmoins je n’ai pas de réponse je l’avoue concernant une prospective des développements propres de l’image de synthèse d’un point de vue formel. Une difficulté de projection qui tient sans aucun doute au fait que je suis moi-même prise dans cette norme culturelle qui associe un rendu photographique à un rendu « réaliste ». Seul le temps il me semble nous permettra d’observer si, effectivement, on voit émerger de nouvelles formes associées à ce rendu « réaliste ». Peut-être faudra-t-il s’en remettre à la 3D et au mouvement?

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  7. Jessica de Bideran
    2 juillet 2012

    Bonjour Raphaële : un petit complément, pour faire suite aux précédents commentaires… S’il me semble tout à fait juste, comme le dit Thierry, que la recherche de photo-réalisme anime la réalisation des premières images de synthèse (en gros des années 1980 aux années 2000) aujourd’hui cet objectif est largement atteint, grâce aux progrès des éclairages des scènes 3D notamment. Peut-être faudrait-il interroger la production de ces images car photos numériques et images de synthèse sont intimement liées : les textures qui habillent les modèles tridimensionnels sont le plus souvent issues de photographies retravaillées sous Photoshop, en tout cas dans la création d’images de synthèse pour les projets architecturaux. Dès lors on se retrouve face à des images hybrides… Peut-être cela tient-il aussi à la formation des infographistes ???

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  8. Pierre
    2 juillet 2012

    Si je peux me permettre quelques remarques, j’éprouve un petit problème quand vous écrivez: « L’image photographique est donc là bien une représentation, se rapportant d’une certaine manière au référent qu’est la réalisation architecturale, quand l’image de synthèse est une pure fiction »…
    Parce que l’image de synthèse possède bien elle aussi un référent qui est la réalisation architecturale. Sa référentialité ne se construit pas dans la même temporalité et pas de la même manière. Mais, à mes yeux, cela n’en fait pas pour autant une fiction. Quand on dit que la fiction ne se réfère pas à une situation réelle (ou actuelle), on veut dire qu’elle implique une relation de feintise ludique partagée (cf Schaeffer) permettant de nous déconnecter du modèle référentiel – et je n’en vois pas trop dans le cas abordé ici, on est en plein dans le référentiel.
    Pour constituer une fiction, il faudrait qu’une image de synthèse s’inscrive dans une telle relation de feintise ludique. Pour le dire autrement, ce n’est pas parce qu’elle traduit l’existence d’une réalité qui n’est pas actuelle ou déjà donnée qu’elle constitue une fiction, c’est plutôt un document au stade d’un projet, l’image d’une possibilité. C’est dans la relation possibilité-réalité qu’on se situerait plutôt, pas dans celle d’une fiction. Je crois que les questions actuel vs virtuel ou fiction non-fiction sont différentes, la question des possibilités et de la fiction ne se recouvrent pas. Et le fait qu’une synthèse constitue techniquement en quelque sorte le contraire d’un enregistrement ne semble pas changer grand chose à l’affaire. Avant de faire des synthèses sur ordinateur, on faisait tout ça grâce au dessin, non ? Bref, la question de la référentialité n’est pas réductible à des caractéristiques techniques(enregistrement vs synthèse) mais dépend des logiques d’interaction que nous établissons: feintise ou pas (ludique ou pas, partagée ou pas, etc). S’il y a un piège des apparences, il viendrait plutôt des confusions possibles entre ces logiques et différentes modalités de présentation possibles.
    Maintenant, de nombreux effets de fiction peuvent surgir de représentations qui ne relèvent pas du domaine de la fiction, ce qui rend les choses assez amusantes. Enfin bon c’est un point de vue assez rapide, je suis prêt à changer d’avis sur les repères qu’on peut essayer de tracer dans ce joyeux marécage 😉

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  9. Raphaele Bertho
    3 juillet 2012

    @Jessica: Une étude plus approfondie sur les conditions de production de ces images serait effectivement bienvenue pour faire avancer ici la réflexion sur cette analogie formelle.

    @ Pierre : Merci pour vos remarques intéressantes. Il me semble qu’en effet, un partie du débat tient sur le sens accordé ici au terme de « fiction ». En effet, l’acception du terme de fiction que j’utilise ici se définit uniquement par le fait que l’image est élaborée en l’absence de référent existant au moment de son élaboration.
    Une telle image, quelle qu’elle soit, se distingue alors de la photographie, qui est une représentation à partir d’un référent existant.
    Je ne parle pas ici d’enregistrement s’agissant de la photographie, car à mon sens cela revient à simplifier les modalités d’avènement de l’image. La notion d’enregistrement viendrait à supposer, il me semble, l’existence d’un lien direct entre le référent et sa représentation, ce qui est faux. Le processus à l’œuvre est autrement plus complexe, et sans revenir en détails ici sur la question je pense que l’on peut parler ici d’interprétation.
    Je n’oppose pas non plus ici image synthèse et photographie, l’une et l’autre étant donc affaire d’interprétation, mais bien présence ou absence de référent au moment de la réalisation de l’image. Et reste ici dans le cadre, certes restreint, du projet architectural. Dans ce cadre, l’image de synthèse intervient en amont, la photographie en aval.
    Pour revenir à l’image de synthèse utilisée dans le cadre de l’architecture afin de donner une interprétation « sensible » des projets à travers l’image, il s’agit là encore d’une interprétation. Cette dernière, si j’en crois les dires des architectes notamment, respecte bien plus les contraintes de valorisation du projet que les contraintes techniques de réalisation. Elle donne à voir un projet idéalisé, auquel on doit pouvoir « croire ». Mais il n’existe pas de contrat d’exactitude entre cette visualisation du projet et son aboutissement final. Ainsi, c’est parce que cette image, élaborée en amont du projet, n’a pas au moment de sa production de référent réel et se présente comme un interprétation sensible que je la qualifie ici de fiction.

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  10. André Gunthert
    3 juillet 2012

    « Fiction » n’est pas seulement un genre littéraire (correspondant à la « feintise ludique partagée » définie par les spécialistes de littérature), c’est un mot du vocabulaire que nous utilisons plus largement pour décrire diverses situations, littéraires ou non. Le texte de la Genèse, quoiqu’il ne soit pas réputé appartenir au genre de la fiction, peut très bien être décrit comme tel par un non-croyant, ou encore un programme politique par un opposant. Dans chacun de ces cas, l’usage du terme « fiction » correspond à un jugement sur le type d’information proposée, et est destiné à souligner son absence de rapport avec le réel. Il s’agit donc bien de désigner un type de référencialité, un trait précisément sémiotique, indépendamment de son contexte.

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  11. Marie-Madeleine Ozdoba
    3 juillet 2012

    @ André: Si je pense qu’un projet est réalisable et qu’il est probable qu’il se réalise (en admettant le cela soit le cas des illustrations de ce billet), puis-je encore qualifier l’image (de synthèse) qui le représente, de fiction?
    Il me semble que non, puisque dans ton exemple, celui qui croit à la Genèse ne la qualifiera pas de fiction.
    La fiction ne concernerait alors que les images de projets dont la probabilité de réalisation est nulle ou faible, objectivement (comme les projets perdants lors d’un concours, par exemple), ou subjectivement (lorsque quelqu’un est incrédule ou sceptique par rapport à un projet)

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  12. Thierry Dehesdin
    3 juillet 2012

    Est-ce qu’une partition est une fiction pour un musicien?
    Dans le cas de la CAO, pour un ingénieur, les données numériques qui ont été entrées dans l’ordinateur sont beaucoup plus réelles que l’image affichée en 2D par l’écran d’un objet en 3D . J’ai réalisé il y a fort longtemps des images des affichages écrans de logiciels destinées à la CAO pour leur commercialisation. Les rendus étaient filaires et lorsqu’il y avait un mapping, les couleurs étaient fausses pour mieux mettre en évidence les points de moindre résistance des matériaux soumis à des torsions ou des pressions importantes.
    J’en ai discuté avec les concepteurs des logiciels en regrettant l’absence de réalisme « photographique », mais ils n’y voyaient à l’époque qu’un souci esthétique un peu futile de photographe. La vision filaire ou les fausses couleurs étaient à leurs yeux beaucoup plus réalistes, au sens où ça leur permettait de mieux appréhender la réalité.
    Dans le cas de l’architecture, on est dans la contrainte commerciale. L’image doit sembler réaliste au spectateur lambda. Mais si ce n’est pas une vue d’artiste, et que les dimensions des bâtiments ont été entrées dans l’ordinateur, on pourrait sans doute considérer que malgré les effets de lumière et de surface qui ont été introduits dans l’image pour la rendre photo-réaliste, elle est plus réaliste qu’une photographie en raison des déformations liées à un objectif plus ou moins bien corrigé et à une perspective imposée par l’emplacement de l’appareil et non choisie par l’architecte.

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  13. Raphaele Bertho
    3 juillet 2012

    @Marie-Madeleine: Il me semble que pour résoudre ton équation, il faudrait ici ajouter le terme éventuellement de « prospective »,qui implique une réalisation future. On reste néanmoins dans une fiction prospective, toujours aréferrente au moment de son élaboration (ce dernier point me semble important dans le débat).

    @Thierry: Pour répondre à tes remarques, il ne me semble pas dans un premier temps que l’on puisse comparer ces images à une partition. Cette dernière aurait pour équivalent, dans le projet d’architecture, les plans et les coupes qui servent d’indications pour la réalisation. Comme tu le notes, ces images jouent un autre rôle: commercial. Ce qui engendre la recherche d’un rendu qui rends « lisible » et « crédible » le projet pour un public large, réunissant initiés et non-initiés. S’agissant de ces images, et uniquement ces dernières, je m’appuie alors sur les déclarations des architectes eux-mêmes lors de ce séminaire qui nous ont ainsi expliqué que ces images étaient des interprétations du projet, ne respectant pas nécessairement les dimensions par exemple.Ce qui explique l’effet de réalité « diminuée » évoquée par Sylvain Maresca.D’autre part, de ces discussions est ressortit que le rendu des logiciels avait pour référent le rendu photographique, appliquant par exemple les éventuelles déformations de l’objectif.
    Mais je suis d’accord avec toi, cette ébauche de réflexion mérite d’être précisée à l’aune d’une étude plus approfondie,ce qui est d’ailleurs mon intention.
    Enfin, je t’avoue que je ne sais pas laquelle des représentation, de synthèse ou photographique, est la plus « réaliste ». D’ailleurs ma question ici n’est pas d’évaluer la qualité « réaliste » de chacun de ces visuels, au contraire, il s’agit de les considérer de manière autonome malgré leurs ressemblances formelles.

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  14. André Gunthert
    3 juillet 2012

    Pas mal de questions différentes. Pour rester sur le terrain de l’archi, il existe des modes de représentation qui relèvent du programmatique: plans et coupes sont de meilleurs instruments descriptifs pour la réalisation (et correspondent peu ou prou à un document comme la partition, nécessaire à l’exécution). Qualifier de « fiction » les plans ou les dessins techniques, dans leur contexte d’usage initial, me paraîtrait inapproprié. En revanche, la projection sous la forme de rendus du bâtiment, et particulièrement dans son usage de prévisualisation d’un objet en attente de réalisation, me paraît correspondre parfaitement à l’acception la plus générale du terme « fiction ». Cette représentation, dont le réalisme a pour fonction de parler à des non techniciens (et le cas échéant de convaincre des clients), présente à l’évidence des différences sensibles avec l’état observable (voir le billet de Sylvain). La question de la confrontation de l’image projective avec l’objet réalisé peut servir à établir les distinctions que l’on observe habituellement sur le terrain de la fiction.

    Le fait que les professionnels recourent aujourd’hui à la synthèse 3D pour ce type de représentations « laudatives » me paraît relever d’un choix culturel historique, qui vient s’inscrire dans la longue histoire des représentations réalistes, ce qui signifie que ces images visent à répondre aux mêmes fonctions et ne présentent pas de différence de « nature » avec ces autres formes figuratives.

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  15. Jessica de Bideran
    3 juillet 2012

    @ Raphaële : pour info, peut-être trouveras-tu quelques éléments de réponse dans une thèse que je viens de relever mais que je n’ai pas eu le temps de consulter : « Les nouvelles technologies dans la pratique professionnelle des architectes, 1959-1991 : les « méthodologistes », histoire de trois laboratoires d’informatique dans les écoles d’architecture en France »… Il s’agit d’une thèse de Doctorat en Histoire de l’Architecture soutenue par Christian Morandi. Fiche sudoc : http://www.sudoc.abes.fr/DB=2.1/SRCH?IKT=12&TRM=152511989

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Cette entrée a été publiée le 27 juin 2012 par dans Notes, et est taguée .

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