Territoire des images

Carnet de recherches visuelles, par Raphaële Bertho

Icônes fast-food, la suite

Faisant suite au fameux portrait de notre « Président normal » dévoilé hier aux curieux, la Une que Libération nous propose ce matin construit une ambiguïté intéressante. En encadrant non pas la photographie qui défraie la chronique (voir les analyses ici, ou ) mais la Une elle-même, Libé déplace encore une fois les lignes de la problématique (Voir la conversation accompagnant le billet Icônes fast-food). Il s’agit alors d’une « autocélebration qui joue cette fois sur le glissement du portrait officiel à la Une officielle » ainsi que le remarque Olivier Beuvelet [1]. Quand l’un sera accroché sur les murs des 36 000 communes de France, l’autre semble nous offrir un « prêt-à-exposer » pour les mur de notre salon.

[1]Que je remercie ici pour le signalement. Je rédige ce billet avec son aimable autorisation de citation.

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5 commentaires sur “Icônes fast-food, la suite

  1. Pingback: Icônes fast-food | Territoire des images

  2. Olivier Beuvelet
    5 juin 2012

    Je suis assez intrigué par l’usage de la dimension patrimoniale du cadre “doré” qui sert généralement, dans cette fonctionnalité, à indiquer que l’image qu’il contient a une valeur affective ou identitaire… Les Unes de Libé me semblent avoir perdu de leur vitalité avec l’arrivée au pouvoir d’un président “normal” moins sujet aux moqueries et plus proche de l’idéologie socio-démocrate de l’organe de presse… Ici, cette image de Hollande en Playmobil prêt à dégainer, qui prête enfin le flanc à la raillerie et aux reprises ludiques des internautes, est traitée de manière très “normale”… sans recul critique… Elle prête à la Une entière son cadre doré et donc son caractère patrimonial et le titre lui-même qui devient étrangement patrimonial et pataud (cela pourrait être le titre de “Valeurs Actuelles” ou de Challenge), sans lien avec l’illustration, si ce n’est cette dimension commune, ce cadre partagé…
    La gauche au pouvoir, la gauche de pouvoir amène la Une de Libé à devenir un objet à conserver, un objet de conservation, un objet conservateur… Et du même coup, comme une gaze imbibée de chlorophorme, le cadre doré ringardise et muséifie le président-Playmobil, et la Une du quotidien de gauche qui se retrouve tout d’un coup du côté du pouvoir… au dessus des canapés en velours dans les salons cossus…
    Ici, le cadre est comme le symptome de cet embourgeoisement compréhensible mais sûrement difficile à déjouer…

    Comment garder son esprit critique quand on s’autocélèbre aussi naïvement ?

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  3. Thierry Dehesdin
    5 juin 2012

    Auto-célébration ou deuxième degré?
    J’adore cette couverture de Libé Olivier. C’est jusqu’à présent le plus beau mème, le plus ironique, que j’ai vu sur la photo de Depardon.
    Finalement, il s’est bien sorti du carcan de la commande.

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  4. Olivier Beuvelet
    5 juin 2012

    @Thierry,

    Pour ce qui est du second degré, ce serait une bien belle autodérision, mais un peu étonnante si l’on se remémore le précédent billet de Raphaele Bertho sur la question, où l’on peut voir que Libé a vraiment gadgetisé sa Une au point de la vendre sous cadre… Plus qu’un second degré recherché, je crois qu’il s’agit ici d’un aveu d’impuissance dans lequel le cadre joue le rôle de cache-misère… Misère du jeu texte-image qui relève de la paralysie ventripotente… Il y aurait eu moquerie si le cadre n’avait entouré que l’image… Ici, la valeur réflexive du cadre mis en jeu, comme dans la peinture, sert à isoler l’objet « Une » et à lui conférer un caractère patrimonial et officiel… Peut-être, si ‘lon est compliqué, est-ce une façon de conjurer l’embourgeoisement en le singeant faussement, mais je pense plutôt qu’en voulant souligner le côté patrimonial-bourgeois de la pose élyséenne qui se voulait simple et « amateur », Libé s’est embraqué dans la même galère…

    NB : Je le comprends très bien moi-même, il est plus facile d’être créatif et vigoureux dans la dénonciation et la moquerie de ce qui est proprement aberrant que dans l’administration des affaires courantes… Et Sarkozy était si nul qu’il en était devenu une cible à la fois sidérante et facile… Ici Libé est si bienveillant avec le pouvoir qu’il s’est « officialisé » avec Hollande. (que je suis par ailleurs ravi de voir à la place de l’autre 😉

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  5. JP Achard
    8 juin 2012

    Le pire est de voir comment beaucoup de journaux se sont permis de recadrer la photo tout en légendant : « Voici la photographie officielle du président de la République française… » comme dans cet exemple de 20 minutes.
    http://www.20minutes.fr/politique/946527-portrait-officiel-francois-hollande-on-passe-president-normal-homme-normal

    On devrait les poursuivre pour faux et usage de faux, car Ils trompent leurs propres lecteurs par des commentaires sur la forme ou l’esthétique de la photographie que eux mêmes ont transformé.

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Cette entrée a été publiée le 5 juin 2012 par dans En images, Notes, Rubriques, et est taguée , .

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