Territoire des images

Carnet de recherches visuelles, par Raphaële Bertho

Ciel bleu et lumière à Paris-photo

Au cours de ma visite des stands de Paris-Photo le week-end dernier j’ai été saisie par la présence récurrente des images de l’italien Massimo Vitali. Plusieurs galeries, tant françaises qu’européennes ou américaines, avaient choisies d’exposer dans l’espace de leur stand un de ces grands formats.

Un choix qui s’explique par la volonté de visibilité des galeries, ces photographies aux couleurs claires et aux formats imposants : elles attirent l’œil, puis invitent le spectateur à une observation plus détaillée de la scène. Le fait que plusieurs galeries aient portée leur dévolu sur le même artiste souligne aussi sa reconnaissance aujourd’hui incontestée et la valeur de ces travaux, sur le marché de l’art en tous les cas. Le record de vente atteint par l’image Rhein II (1999) d’Andreas Gursky semble attester de cette interprétation. Les deux photographes sont contemporains et travaillent tous deux la forme tableau, bien qu’avec des enjeux différents.

Mais sur le coup, cette rencontre régulière avec ces paysages baignés de bleu et de lumière, mettant en scène des touristes insouciants, a fait écho au débat que nous avions eu lors du colloque Si la photo est bonne. L’esthétique de la carte postale aurait-il envahit les cimaises de Paris-Photo ?

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9 commentaires sur “Ciel bleu et lumière à Paris-photo

  1. Thierry
    18 novembre 2011

    Est-ce que tu ne pourrais pas essayer de définir plus précisément l’esthétique carte postale? C’est une expression qui évoque immédiatement des images, mais je ne suis pas certain que nous partageons les mêmes images. L’accumulation des corps me fait plus penser à des images de reportage et la lumière ensoleillée mais plate, traitée souvent à la limite de la surexposition me semble plus flirter avec avec l’esthétique de certaines brochures (un peu rétro) d’hôtels qu’avec l’esthétique des cartes postales de la fin du XIXème siècle.

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  2. Rémi Coignet
    18 novembre 2011

    C’est un grand jeu tous les ans que de compter le nombre de galeries qui représentent M. Vitali à Paris Photo. Cette année seulement trois d’après ce que j’ai vu.
    N’y a t’il pas un hiatus entre les notions de forme tableau et de carte postale ?
    C’est de la photo décorative, pas compliquée, bien faite et bien chère : tout pour plaire aux collectionneurs fortunés.

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  3. Raphaele Bertho
    18 novembre 2011

    @Thierry: Je suis d’accord, l’expression mérite d’être précisée. En fait, elle est peut-être sans doute inadéquate, car je me réfère en fait plus largement à l’imagerie touristique, englobant comme tu le soulignes ici « l’esthétique de certaines brochures (un peu rétro) d’hôtels ». Fondamentalement, j’entends désigner désigne un ensemble de représentation fonctionnant sur un effet de séduction, présentant certains éléments du territoire valorisés par le tourisme (patrimoine architectural, collines verdoyantes, plages de sable fin ou montagne aux versants enneigés, selon le territoire) et reposant sur un effet de déjà-vu. Enfin il semble que ces représentations intégrent certains éléments récurrents dans leur composition, dont les plus efficaces sont sans doute le ciel bleu et la luminosité.
    @Rémi: Merci de la précision. Le phénomène n’est pas nouveau effectivement, mais c’est sans doute la proximité avec le colloque qui m’a fait faire le rapprochement. Il ne s’agit pas ici d’assimiler le travail de Massimo Vitali à ces représentations, dont il reprends manifestement les codes mais pour les détourner. L’idée est plutôt de se demander si les galeries d’art ne s’appuient pas elle-même sur l’effet de séduction puissant de cette esthétique.

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  4. Thierry
    18 novembre 2011

    Est-ce que toute esthétique n’est pas nécessairement séduisante?
    Ce qui me gêne dans cette notion d’éléments récurrents c’est que dès que l’on essaie de les définir, on peut produire des contre-exemples. Des ciels blancs, des photos de nuits, des contre-jours devant lesquels on a tout de suite le sentiment d’être en présence d’une esthétique de carte postale. En ce qui concerne les éléments du territoire valorisés par le tourisme, en tant que photographe de commande, mon job c’est souvent de transformer en carte postale des lieux qui ne sont pas perçus comme tel par ceux qui y vivent et l’office du tourisme local. Une station d’essence, un parking de supermarché, la cour d’une usine, le réfectoire d’une maison de retraite.
    Si toute esthétique est séduisante, est-ce que l’esthétique carte postale ce ne serait pas tout simplement une photo aboutie qu’il s’agisse des Becher, de Massimo Vitale, de Depardon, de Gursky ou des éditions Jack?

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  5. Raphaele Bertho
    18 novembre 2011

    @Thierry: La notion d’esthétique ne se rapporte pas à mon sens à celle de séduction, mais à l’analyse du sensible.
    Cette « esthétique de l’imagerie touristique », si elle est effectivement généralisante (avec les défauts de ce type d’acception), ne recouvre pas pour autant toute image comportant ciel bleu et grand soleil. Elle associe une certaine présentation formelle et un sujet identifié comme valorisé par l’industrie du tourisme, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui des parking ou des stations essences.

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  6. Thierry
    18 novembre 2011

    Merci, c’est pour ça que j’avais du mal à te suivre. Pour toi l’esthétique de l’image touristique renvoie donc plus à ce qui est l’objet de la représentation qu’à sa mise en forme.

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  7. Raphaele Bertho
    18 novembre 2011

    En fait à l’association des deux plus exactement

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  8. Claude Estèbe
    18 novembre 2011

    « Ciel bleu et lumière à Paris-photo », en lisant le titre je pensais que tu faisais allusion à la verrière du Grand Palais ;-). Dimanche, on voyait le ciel bleu et la lumière inondait les stands, obligeant des galeristes à masquer les œuvres sous des voiles noirs pour le protéger…

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  9. Raphaele Bertho
    18 novembre 2011

    Oui c’est vrai, les allées étaient baignées de lumière, on en était presque ébloui 🙂

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